Bonjour et bienvenue à toi. Comment aborder la fin de l’année, le haut niveau chez nos teens français, l’âge d’or du CrossFit… ce qu’il t’attend dans cette nouvelle édition de CHECK.

Les sujets cette semaine

T’AS MANQUÉ ÇA ?

CrossFit Games : une ligne de franchie

Avec l’introduction d’un certificat médical obligatoire pour les athlètes qualifiés aux CrossFit Games 2026, CrossFit® amorce une évolution structurelle majeure. Après une saison marquée par des incidents graves lors d’une épreuve aquatique (2024) l’organisation affiche sa volonté de renforcer l’encadrement du très haut niveau et de sécuriser davantage l’accès à la compétition. Ce nouveau dispositif repose sur une validation médicale formelle effectuée par un professionnel de santé habilité, extérieur à l’organisation. L’aptitude à concourir ne repose plus uniquement sur la performance sportive ou l’auto-déclaration de l’athlète, mais sur une évaluation clinique engageant la responsabilité médicale du praticien. Une approche déjà répandue dans les sports professionnels, mais encore peu structurée jusqu’ici dans l’écosystème CrossFit.

Derrière cette exigence administrative, CrossFit cherche à se professionnaliser, à réduire les zones d’incertitude et à mieux anticiper les contraintes physiques imposées par le format des Games.

Merlijn Dorez : dans les coulisses du très haut niveau à 17 ans

Dans sa dernière vidéo, Merlijn Dorez, 16e aux CrossFit Games 2025 en catégorie Teens Boys 16–17, partage plusieurs jours de camp d’entraînement au Danemark aux côtés de Victor Hoffer, sous la direction du coach André Houdet, avec une programmation signée NST (No Shortcuts Training). On y voit l’enchaînement des séances, le volume assumé, la rigueur sur la nutrition et la récupération, loin de toute mise en scène. Ce contenu montre surtout une chose : le CrossFit change d’échelle. Sport encore jeune, il voit désormais émerger une génération d’athlètes très tôt structurés, entourés, programmés, et déjà tournés vers le haut niveau international.

Performer au plus haut niveau aujourd’hui ne relève plus du talent brut. C’est un projet à long terme, pensé dès l’adolescence, dans un écosystème qui se professionnalise vite. Le CrossFit grandit, et ceux qui viseront le sommet demain commencent déjà à s’y préparer aujourd’hui.

HYROX publie son premier rapport scientifique officiel

HYROX franchit une nouvelle étape dans sa structuration avec la publication de son Sports Science Report 2025, élaboré par son Science Advisory Council. Pour la première fois, la discipline met des données scientifiques solides derrière son format de course indoor mêlant endurance, force et travail fonctionnel. Le rapport analyse les exigences physiologiques réelles d’une course HYROX. On y retrouve des données précises sur la demande cardiovasculaire, la gestion de la fatigue, l’impact musculaire des stations répétées et la place centrale de l’endurance aérobie dans la performance. Ce travail marque un tournant stratégique. HYROX cherche désormais à objectiver la performance, à guider les coachs et à légitimer son format auprès des professionnels de l’entraînement, du médical et de la préparation physique. Une approche qui rapproche HYROX des sports d’endurance structurés, où la science précède l’intuition.

À travers ce rapport, la discipline ne se contente plus de remplir des arénes. Elle veut poser les bases d’un sport durable, mesurable et entraînable, avec une vision long terme.

1% BETTER EVERYDAY

Faut-il vraiment lever le pied pendant les fêtes ?

Les fêtes de fin d’année reviennent chaque année avec le même dilemme pour les pratiquants de CrossFit, de sport ou d’entraînement structuré : faut-il maintenir le cap coûte que coûte, ou accepter une pause plus ou moins subie ? Entre repas qui s’enchaînent, emplois du temps bousculés, fatigue accumulée et vie sociale plus dense, le cadre habituel explose. Pourtant, cette période n’est ni un problème à régler, ni un piège à éviter. C’est avant tout une phase transitoire, qui demande simplement une approche différente.

Le premier point clé concerne l’entraînement. Beaucoup tombent dans une logique binaire : soit tout maintenir à l’identique, soit tout arrêter. Or, la réalité est plus nuancée. Pendant les fêtes, le corps est souvent soumis à plus de stress global : sommeil irrégulier, digestion plus lourde, déplacements, charge mentale. Chercher à conserver le même volume et la même intensité qu’en période “normale” revient souvent à empiler de la fatigue inutile. L’objectif n’est donc pas de s’entraîner plus, mais de s’entraîner intelligemment. Concrètement, cela passe par une réduction volontaire du volume, sans abandonner la régularité. Deux à quatre séances par semaine suffisent largement pour entretenir les qualités physiques. L’intensité peut rester présente, mais elle doit être choisie, pas subie. Les formats simples, courts, bien maîtrisés sont souvent plus adaptés que les longues séances très exigeantes. Le travail monostructurel, les efforts continus en Zone 2, le renforcement contrôlé ou les circuits techniques permettent de rester actif tout en favorisant la récupération. Cette période est aussi une opportunité rarement exploitée : remettre de l’intention dans l’entraînement. Moins de séances signifie plus de concentration sur la qualité d’exécution, la respiration, les sensations. L’entraînement devient alors un outil de stabilité, un repère dans un quotidien plus mouvant, plutôt qu’une contrainte supplémentaire à gérer.

Le deuxième grand pilier concerne la nutrition, souvent source d’anxiété inutile. Les fêtes sont synonymes de repas plus riches, plus longs, parfois plus fréquents. Chercher à éviter complètement ces situations est irréaliste et souvent contre-productif. L’erreur n’est pas de manger différemment pendant quelques jours, mais de perdre toute structure. Ici encore, la clé réside dans la cohérence, pas dans la perfection.Maintenir quelques repères simples suffit largement. Prioriser les protéines à chaque repas, rester attentif à l’hydratation, manger plus lentement, écouter les signaux de satiété. Il ne s’agit pas de contrôler chaque bouchée, mais de rester conscient. Les repas festifs font partie de la période, mais ils ne définissent pas l’ensemble de la semaine. Les jours sans événement particulier peuvent rester des journées alimentaires normales, ce qui permet d’absorber naturellement les excès sans compensation extrême. La restriction punitive, tout comme le “laisser-aller total”, sont deux réponses émotionnelles qui mènent rarement à quelque chose de positif. Une approche plus mature consiste à accepter que certaines journées soient plus riches, tout en conservant une structure globale. La nutrition, comme l’entraînement, se juge sur la durée, pas sur un dîner.

Enfin, il y a un aspect souvent sous-estimé : le mental. Les fêtes testent la capacité à rester flexible. Accepter que certaines séances soient moins performantes, que les sensations soient différentes, que le rythme change temporairement, fait partie d’une pratique durable. Vouloir tout contrôler dans une période par définition imprévisible crée plus de frustration que de progrès. Les athlètes qui progressent sur le long terme ne sont pas ceux qui ne dévient jamais, mais ceux qui savent s’adapter sans rompre. Ils comprennent que lever légèrement le pied n’est pas reculer. Au contraire, cette respiration peut parfois permettre de repartir plus frais, plus motivé, plus aligné dès la reprise.

Bien gérées, les fêtes ne sont pas un frein. Elles peuvent même devenir un moment de rééquilibrage, où l’entraînement retrouve sa juste place, où la relation à la nourriture se détend, et où la performance cesse d’être une obsession quotidienne. La vraie question n’est donc pas comment éviter toute dérive, mais comment rester cohérent quand le cadre change. Et souvent, cette capacité-là fait toute la différence pour bien débuter la nouvelle année.

COMPETES

TAB 2026 : 10e édition

Instagram: @affiliates_battle

En 2026, The Affiliates Battle fêtera sa 10e édition au Parnasse de Nîmes. Dix ans après ses débuts, l’événement s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs du CrossFit français, avec une ambition clairement revue à la hausse. Format, programmation, exposition : TAB veut marquer un tournant. Premier signal fort dès le 31 janvier 2026 avec un Live Show à CrossFit Nîmes. Huit athlètes élite de l’édition 2025 (Romain Fellonneau, Laura Mugnier, Diego Calderon, Camille Barbot, Lisa Janin, Julien Vadella, Steven Taillefer et Antoine Dumain) testeront en direct le WOD de qualification. Un show ouvert au public, diffusé sur YouTube, qui donne le ton : TAB assume désormais une vraie dimension spectacle.

Côté qualifications, un seul WOD, un seul essai. Le one-shot qualifier, ouvert du 1er février au 1er mars, ne laisse aucune place à l’erreur. Les athlètes pourront s’inscrire en individuel ou en équipe, mais devront choisir une seule catégorie en cas de double qualification. TAB 2026 confirme aussi sa volonté d’être une compétition pour toute la communauté. Des Teens aux Masters, en passant par les catégories Elite, Rx et Intermédiaires, près de 980 athlètes sont attendus sur le floor. Une diversité qui fait de l’événement bien plus qu’un simple show élite. Autre chiffre marquant : 70 000 € de cash prize minimum, plus de 10 000 spectateurs attendus, un village partenaire renforcé et un t-shirt collector qui gravera près de 1 000 noms. TAB ne célèbre pas seulement son anniversaire. Elle affirme son statut de référence nationale, à la croisée de la performance, du spectacle et de la communauté.

Toutes les infos ici : https://affiliatesbattle.fr/

CULTURE

Partie 3 : L’âge d’or du CrossFit (2010–2014)

À l’aube des années 2010, le CrossFit franchit un seuil irréversible. Pendant presque une décennie, la méthode s’est développée dans l’ombre, portée par des coachs convaincus, des box brutes et une communauté soudée par l’effort partagé. Mais à partir de 2010, tout s’accélère. Le CrossFit ne se contente plus d’exister. Il commence à occuper l’espace. Le symbole de cette bascule est clair. Les CrossFit Games quittent le Ranch d’Aromas, ce décor presque mythologique fait de poussière, de collines et d’imprévu, pour s’installer au Home Depot Center de Carson, en Californie. Un stade. Des tribunes pleines. Des écrans géants. Des sponsors visibles. Pour la première fois, le CrossFit est pensé comme un spectacle. On ne vient plus seulement pour tester qui est le plus fit. On vient pour regarder, filmer, diffuser. Ce changement d’échelle transforme tout. Les vidéos deviennent virales. Les résumés d’épreuves circulent sur YouTube. Les athlètes commencent à être reconnus dans les box du monde entier. Le CrossFit entre dans une nouvelle phase : celle de la narration sportive. Chaque édition raconte une histoire. Chaque épreuve crée des héros et des échecs publics.

Et très vite, un nom s’impose comme le visage de cette ère nouvelle. Rich Froning.

Entre 2011 et 2014, il ne gagne pas seulement quatre titres consécutifs. Il impose une manière de gagner. Calme. Maîtrisée. Presque clinique. Là où les premiers Games récompensaient parfois l’audace ou la survie, Froning incarne la stratégie, la gestion, la lucidité sous pression. Il ne s’effondre pas. Il ne panique pas. Il attend. Il exécute. Il gagne. Autour de lui, le CrossFit découvre ce que signifie être un athlète professionnel, au sens moderne du terme. Dans son sillage, toute une génération s’affirme. Annie Thorisdottir devient la première grande figure féminine dominante, prouvant que la performance n’a pas de genre. Julie Foucher incarne l’équilibre parfait entre intelligence, discipline et intensité. Jason Khalipa, Chris Spealler, Graham Holmberg donnent au sport des visages variés, des morphologies différentes, des styles opposés. Le CrossFit n’est pas un sport pour un seul type d’athlète. Il récompense la capacité d’adaptation.

Annie Thorisdottir et Rich Froning

Pendant que les projecteurs se braquent sur Carson, le reste de l’écosystème évolue tout aussi vite. Entre 2010 et 2014, le nombre d’affiliés explose. On passe de quelques milliers à plus de 10 000 box réparties sur tous les continents. Des hangars industriels aux centres-villes, le modèle s’exporte partout. Ouvrir une box devient un projet entrepreneurial crédible. Être coach CrossFit devient un métier reconnu, structuré autour du Level 1, puis du Level 2. Les formations deviennent des rendez-vous à part entière. On y transmet plus qu’une technique. On y diffuse une culture. Un langage commun. Une vision du fitness fondée sur la mesure, la responsabilité individuelle et l’intensité assumée. Le tableau blanc reste central. Les scores sont toujours notés. La performance est toujours visible. Mais désormais, elle s’inscrit dans un cadre plus large, plus structuré. Pourtant, cette croissance rapide n’est pas sans conséquences. Plus le CrossFit gagne en visibilité, plus les tensions apparaissent. Les standards évoluent. Les jugements sont scrutés. Les décisions de programmation sont critiquées. Le sport se professionnalise, mais ses règles restent parfois floues, mouvantes, adaptées au fil de l’eau. Ce qui faisait sa force dans les débuts, la liberté, l’expérimentation, l’imprévu, devient parfois une faiblesse face aux exigences du haut niveau.

À l’extérieur, le regard change aussi. Le CrossFit fascine autant qu’il inquiète. Certains médias parlent de danger, d’excès, de blessures. D’autres y voient une révolution salutaire dans un monde du fitness figé. À l’intérieur, la communauté se divise parfois entre ceux qui défendent l’esprit originel et ceux qui embrassent pleinement la dimension sportive et médiatique. Au centre de tout cela, Greg Glassman maintient une ligne dure. Le CrossFit n’a pas vocation à plaire à tout le monde. Il ne cherche pas le consensus. Il revendique une méthode radicale, fondée sur des principes clairs. Cette posture renforce l’identité du mouvement, mais accentue aussi certaines fractures. Le CrossFit devient à la fois plus fort et plus exposé. Et pourtant, malgré les sponsors, malgré les stades, malgré les débats, le cœur du CrossFit continue de battre au même rythme. Dans les box, chaque jour, des milliers de pratiquants affrontent les mêmes WODs. Ils souffrent ensemble. Ils se comparent. Ils progressent. L’effort partagé reste le ciment invisible de tout l’édifice.

À la fin de 2014, le CrossFit est au sommet. Visibilité maximale. Croissance mondiale. Athlètes stars. Affiliation massive. Tout semble aligné. Mais l’histoire du sport le montre souvent : c’est au moment où un système atteint son apogée que ses failles structurelles commencent à se révéler. La croissance a été fulgurante. Peut-être trop rapide. Les attentes ont explosé. Les responsabilités aussi. Et derrière l’image d’un sport triomphant, des tensions plus profondes s’accumulent.

Dans la Partie 4, nous plongerons dans la période la plus instable de l’histoire du CrossFit. 2015–2020. Des années de crises, de décisions radicales, de remises en question internes et de fractures visibles. Le moment où le CrossFit va devoir affronter non plus ses limites physiques… mais ses limites structurelles et humaines.

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À lundi prochain.