
Bonjour et bienvenue à toi.
Cette semaine, CHECK te propose de prendre du recul. D’abord pour comprendre le World Fitness Project, nouveau circuit qui redessine peu à peu les contours du fitness de compétition. Ensuite pour replonger dans la Partie 4 de l’Histoire du CrossFit, au moment où le sport entre dans sa période la plus instable et la plus déterminante. En cette fin d’année, où l’attention se tourne naturellement vers les proches et les moments partagés, nous avons choisi un rythme plus léger, sans renoncer à l’analyse ni à la profondeur.
Dans l'édition de cette semaine
COMPETE
World Fitness Project : comprendre le nouveau circuit professionnel
Comme souvent à l’approche des fêtes, l’actualité du CrossFit et du fitness de compétition se fait plus discrète. Moins d’événements, moins d’annonces, un rythme qui ralentit. C’est justement dans ces moments-là qu’il devient intéressant de prendre du recul. Depuis plusieurs mois, un nom circule de plus en plus sans toujours être vraiment expliqué : le World Fitness Project. Nouvelle compétition pour certains, nouveau circuit pour d’autres, le projet intrigue autant qu’il interroge. Alors que sa première saison vient de se terminer, c’est le bon moment pour comprendre ce qu’est réellement le World Fitness Project, comment il fonctionne, et ce qu’il raconte de l’évolution actuelle du fitness de haut niveau.
CULTURE
Partie 4 : CrossFit, entre maturité et tension
À partir de 2015, le CrossFit n’est plus en phase d’expansion naïve. Il a dépassé le stade de la découverte, sans être encore totalement stabilisé. Le mouvement est désormais installé dans le quotidien de centaines de milliers de pratiquants. Les box se multiplient, les coachs se professionnalisent, les programmations s’affinent. L’entraînement n’est plus seulement intense, il devient réfléchi. On parle de cycles, de progressions, de récupération. Le CrossFit cesse progressivement d’être perçu comme une rupture radicale avec le fitness traditionnel. Il devient un système.
Sur le plan sportif, les CrossFit Games poursuivent leur montée en puissance. Les formats se complexifient, les volumes augmentent, la diversité des tests s’élargit. Le niveau moyen grimpe d’année en année. Les athlètes arrivent mieux préparés, plus complets, plus lucides. La victoire ne récompense plus seulement la capacité à encaisser, mais la capacité à durer, à s’adapter, à lire la compétition. Le sport gagne en maturité, mais aussi en exigence.

CrossFit Games 2015
Dans les box, cette évolution crée un double mouvement. D’un côté, une partie des pratiquants se passionne pour la compétition, suit les saisons, connaît les noms, analyse les WODs. De l’autre, beaucoup revendiquent une pratique déconnectée du haut niveau, centrée sur la santé, la régularité, le plaisir de s’entraîner. Le CrossFit devient un espace commun, mais aux usages multiples. Et cette diversité, longtemps perçue comme une richesse, commence aussi à générer des frictions.
Les athlètes élite, eux, entrent dans une nouvelle phase. Leur quotidien se structure autour de l’entraînement, mais sans véritable filet de sécurité. Les saisons sont longues, les revenus incertains, les blessures fréquentes. Certains vivent du CrossFit, beaucoup survivent autour. Les sponsors existent, mais restent instables. Les carrières sont courtes. Le CrossFit teste les corps, mais aussi les trajectoires humaines. À ce stade, le sport n’a pas encore les outils pour accompagner durablement ceux qu’il met en lumière.
L’organisation centrale, incarnée par Greg Glassman, conserve une ligne idéologique forte. Le CrossFit n’a pas vocation à devenir consensuel. Il refuse les compromis faciles. Il revendique une méthode fondée sur la mesure, la confrontation, l’objectivité. Cette posture forge une identité solide, mais elle isole aussi. À mesure que le sport gagne en visibilité, les attentes du public évoluent plus vite que la structure qui l’encadre.
Les règles changent fréquemment. Les systèmes de qualification se modifient. Les standards sont parfois ajustés en cours de route. Cette instabilité nourrit les débats. Certains y voient une flexibilité nécessaire, d’autres une fragilité structurelle. Le CrossFit avance, mais souvent en ajustant après coup. Il grandit vite, parfois trop vite pour ses propres fondations.
En 2019, l’arrivée des Sanctionals marque un tournant. Le circuit s’internationalise réellement. Les compétitions majeures se multiplient en dehors des États-Unis. De nouveaux pays émergent. De nouveaux profils accèdent au sommet. Le CrossFit devient global, mais aussi plus fragmenté. Le chemin vers les Games s’allonge, se complexifie. Pour les initiés, la saison est passionnante. Pour le grand public, elle devient plus difficile à lire.

Puis survient 2020.
La fermeture brutale des box agit comme un choc systémique. Plus de cours. Plus de compétitions. Plus de rassemblements. Le CrossFit se retrouve privé de ses lieux, de ses rites, de ses repères. Mais il ne disparaît pas. Il se replie. Il s’adapte. Les entraînements migrent dans les garages, les jardins, les salons. Les charges diminuent. Les formats se simplifient. La communauté s’organise à distance.
Ce moment suspendu révèle quelque chose d’essentiel. Privé de spectacle, le CrossFit revient à sa base. Des mouvements simples. Une intention claire. Une pratique régulière. Beaucoup redécouvrent pourquoi ils ont commencé. Moins pour la performance. Plus pour la constance, la santé, l’équilibre. Le CrossFit n’est plus une scène. Il redevient un outil.
Lorsque les box rouvrent, le paysage a changé. Les pratiquants reviennent avec des attentes différentes. Les coachs adaptent leur discours. L’intensité reste là, mais elle est mieux contextualisée. Le sport sort de cette période plus conscient de ses limites, mais aussi de sa résilience.
À la fin de 2020, le CrossFit n’est ni affaibli ni triomphant. Il est entré dans une phase de réévaluation. Le modèle a prouvé sa solidité communautaire, mais aussi mis en lumière ses fragilités structurelles. La question n’est plus de savoir s’il peut continuer à croître, mais comment.
La Partie 5 abordera cette reconstruction. Les années post-2020, marquées par de nouvelles visions, de nouveaux acteurs, et une concurrence qui oblige le CrossFit à se redéfinir sans renier ce qui l’a construit.
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À lundi prochain.

